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14 janvier 2008
Charte déontologique de la médiation culturelle

Présentation

L’association « Médiation Culturelle » rassemble des professionnels qui agissent dans ou avec des institutions muséales ou apparentées. L’objectif principal de l’association étant la définition et la reconnaissance des métiers de la médiation culturelle, il n’est donc pas surprenant que plusieurs de ses membres aient pris l’initiative de constituer un groupe de travail, ouvert à certaines personnalités, pour réfléchir et écrire une "Charte déontologique de la médiation culturelle".

La journée du 11 janvier était donc destinée à rassembler les politiques et les institutionnels, les professionnels et les chercheurs autour de la « Charte déontologique de la médiation culturelle » pour ouvrir le débat. « Participants et intervenants étant invités à discuter, échanger, revisiter et, pourquoi pas, réinventer les fondamentaux de la médiation culturelle ».

Une bonne centaine de participants d’horizons divers étaient présents ce qui témoigne de l’intérêt du sujet.

Parmi les intervenants, nous avons pu compter Jean Caune (professeur émérite à l’université Stendhal de Grenoble, conseiller municipal de la Ville de Grenoble), Joëlle Le Marec (professeur en sciences de l’information et de la communication, laboratoire Communication, Culture et Société - ENS – Lettres et Sciences Humaines), Frédéric Duval (directeur de Territoires Publics, agence conseil en relations publiques locales), Eric Baron (avocat au barreau de Paris, expert auprès de l’Observatoire des politiques culturelles ), Jean Davallon (professeur à l’université d’Avignon et des pays de Vaucluse, directeur du laboratoire Culture et communication), Olivier Las Vergnas (président du CIRASTI), Catherine Ferey (directrice de l’agence d’ingénierie culturelle Prolégomènes), Daniele Jalla (coordinateur des services des musées de la ville de Turin, président ICOM Italie), Pauline Lachappelle (chargée de projets à la Fondation 93), Olivier Las Vergnas (président du CIRASTI, Jacques Martial (président de l’Établissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette), Jeanne Pont (chargée de mission au Département de la Culture de la Ville de Genève, membre de l’association Mediamus), Christian Ruby (philosophe et enseignant), Ariane Salmet (chef de la mission de développement des publics à la Délégation aux développements et aux affaires internationales, Ministère de la culture et de la communication) et Sylvie Valtier (conseillère Architecture et Patrimoine, Délégation Académique d’Action Culturelle du Rectorat de Créteil).

A l’exception des interventions de M. Jean Caune et de M. Chrsitian Ruby, extrêmement intéressantes, l’ensemble des échanges sur scène n’a pas beaucoup enrichi la discussion et surtout n’a pas permis un vrai débat avec les participants à propos de la charte.

La journée a été animée par des membres de l’association Médiation culturelle : Cécilia de Varine (présidente), Thierry Haag (viceprésident) ; Odette Balandraud (membre du Conseil d’Administration) et Florence Belaën (adhérente et relais en Île de France).

Déroulement

L’objectif de la journée n’a finalement pas été très clair. S’agissait-il de réunir des personnalités et des participants pour réfléchir sur un texte voire l’amender (ce qui en principe était énoncé dans le document de présentation de la journée : « discuter, échanger, revisiter et, pourquoi pas, réinventer ») ou s’agissait-il de valider un document et de le faire légitimer par une assemblée de paires sans pour autant leur donner véritablement les moyens d’y apporter des modifications ?

Si c’est le premier objectif qui était visé, il est évident, à l’issue de cette journée, qu’il n’a pas été atteint à la fois sur la forme comme sur le fond. Sur la forme car la méthode proposée n’a jamais permis de véritable débat. En effet comment serait-il possible d’échanger de façon fructueuse sur un texte complexe à plus de cent participants… N’aurait-il pas mieux valut, dans un premier temps, constituer de petits groupes chargés de réfléchir sur l’un des 7 principes de la charte avec, dans un second temps, une présentation des conclusions de chaque groupe par un rapporteur. Cette démarche, réellement participative et véritablement en phase avec l’idée de « médiation » aurait eu l’avantage d’impliquer les participants. Au lieu de cela, le choix a été de privilégier un dialogue entre intervenants en laissant très peu de place aux participants alors que ceux-ci avaient manifestement de nombreuses choses à dire. Toujours sur la forme, nous regrettons ne pas avoir eu accès au texte de la charte avant cette journée. Il nous a été distribué au cours de la matinée pour lecture et il est évident, que dans ces conditions, il est difficile d’entrer dans un texte dont la compréhension n’est pas évidente (il a d’ailleurs été surprenant de constater qu’une intervenante, professeur en science de l’éducation, se soit mise dans une attitude de négation par rapport à des participants qui exprimaient leur incompréhension. Est-ce une attitude de la communication et de la médiation, s’est intérrogé un participant ?) et de se l’approprier suffisamment pour pouvoir intervenir.

Sur le fond, le texte pose de nombreux problème et mérite d’être remanié. D’abord parce que cette charte ne s’adresse qu’aux « professionnels des structures muséales, patrimoniales et apparentées ». Pourquoi cette restriction ? Les membres de l’association « Médiation Culturelle » ont répondus que c’est parce que leur association est essentiellement constituée de professionnels travaillant dans des institutions. Cela empêchait-il pour autant d’élargir le débat à l’ensemble des médiateurs culturels ? Dans le cas contraire, il n’aurait pas fallut nommer le texte présenté « Charte déontologique de la médiation culturelle » mais plutôt « Charte déontologique de la médiation culturelle institutionnelle ». Cela aurait, après-tout, été leur droit et permis d’éviter de nombreux participants (notamment du monde associatif) de se sentir évincés. Cette prise de position restrictive affichée dans la charte est pourtant en contradiction avec une autre partie du document dans lequel il est écrit que « l’association souhaite défendre une vision de la médiation culturelle au-delà des effets de mode, des clivages disciplinaires ou d’une typologie des institutions ». Ce premier point est d’autant plus vrai qu’on le retrouve en préambule de la charte dans la définition de la médiation culturelle qui est « envisagée comme tissages et circulations entre trois pôles symboliques » :

  Des personnes reconnues dans leur inscription sociale et culturelle.
  Un établissement ou un environnement institutionnel et ses personnels engagés dans des missions de service public.
  Des objets matériels ou immatériels, des territoires, des idées.

Pourquoi l’un des pôles serait-il restreint à un établissement ou à un environnement institutionnel ? Cela revient ainsi à exclure 90% des médiateurs culturels (notamment l’animateur de hip-hop de quartier). Rappelons que selon Olivier Donnat (Les pratiques Culturelles des Français, La Documentation Française), seuls 31% des français ont fréquentés un établissement culturel au cours des douze derniers mois. Restreindre la médiation aux institutions c’est donc la restreindre du même coup à des structures qui ne représentent que 30% de la fréquentation. Pourquoi aussi associer à cet item « les personnels engagés dans des missions de service public » ? Que veut-dire « engagés » ? Et pourquoi devrait-on entrer dans le cadre d’une « mission de service public » ? Finalement toutes les associations, dont la nôtre, sont exclues de la médiation culturelle à double titre : elles ne sont pas des institutions (une institution est un établissement souvent lié à l’Etat, avec le caractère officiel et les prérogatives qui sont liés, exploité uniquement dans l’intérêt du public) et n’ont pas toutes de missions de service public (bien qu’elles soient nombreuses à mener des actions d’utilité publique).

D’un point de vue plus global, de nombreuses critiques, que nous ne reprendrons pas de façon exhaustive, peuvent être formulées : parmi les points énoncés dans le Principe n°2, on trouve les contraintes et dans cette rubrique : les associations ?!!! Ce qui laisse à réfléchir… Dans le Principe n°3, on comprend difficilement la phrase « le temps nécessaire à l’établissement d’une confiance mutuelle avec les populations » de même que la notion de « professionnels engagés » dans le principe n°7 dont « les statuts et les compétences sont reconnus et valorisés » : par qui ? La dynamique transversale du principe n°6 est quant à elle restreinte à l’idée que la transversalité s’applique uniquement « à tous les niveaux d’un établissement , au cœur de toutes les fonctions »…Sans reparler de l’omniprésence de la vision institutionnelle de la médiation on n’aurait été en droit de s’attendre à une assertion du mot transversalité comme une démarche intentionnelle, une méthode alternative, pour regarder, relire et relier autrement ce qui apparaissait jusque là dans un ordre donné volontiers pensé comme immuable. Une approche inhérente aux conceptions de la complexité développées par Edgar Morin. Le principe n°4 est intitulé « Accueillir la compétence de chacun ». Cela revient-il à considérer que tout le monde est un médiateur en puissance. A ce titre pourrait-on considérer que la prise de parole dans un musée ne devrait pas être le privilège d’une corporation mais le droit de tous. Pourquoi en effet, demanderait-on à un citoyen de s’approprier son patrimoine pour l’en dessaisir aussitôt en limitant son expression au sein des institutions culturelles que sont par exemple les musées ? Une dernière remarque : nous avons cherché en vain le mot "pédagogie" dans tout le document...

Conclusion

On peut s’interroger sur la finalité même de cette charte : a t-elle finalement été rédigée pour défendre les intérêts d’une certaine catégorie de médiateurs à la recherche d’une reconnaissance statutaire ?

Il nous apparaît que cette proposition de charte est largement à revoir. Il est évident qu’elle doit être élargie de façon à rassembler plutôt qu’à diviser. De notre point de vue, il serait pertinent de rédiger un code de déontologie de la médiation culturelle (puisque la médiation est avant tout une démarche transversale à de nombreux métiers de la culture) ou de la médiation du patrimoine (et dans ce cas on évite l’écueil des généralités) avec des applications dans le cadre de chartes de qualité spécifiques qui prendraient en compte le spectre des métiers concernés : par exemple une charte de qualité de la pédagogie du patrimoine.

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