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Education pour la santé et médiation

Médiateur en santé

Médiation, médiateur [1] : essai de définition

La médiation en santé est une action accomplie par une personne, avec un sujet qui y consent librement, y participe et auquel appartient la décision finale [2] Elle s’opère à partir d’une ressource du domaine de compétences du médiateur (par exemple l’alimentation) et à pour finalité, à travers l’alphabétisation et la conscientisation du sujet, le bien-être physique, social et mental de la personne, celle-ci étant elle-même l’acteur de son apprentissage. Principalement centrée sur la qualité de la relation, elle est destinée soit à faire naître des relations nouvelles avec l’objet de médiation (médiation créatrice), soit à prévenir chez lui des relations perturbées (médiation préventive). La médiation est multiréférentielle et interdisciplinaire.

  • Elle peut être créative : établir des liens entre les publics et la santé qui n’existaient pas auparavant ou qui n’existeraient pas sans elle : séjours de vacances, classes de découvertes, animations dans les structures éducatives, aménagements destinés à mettre en valeur et à faire connaître le patrimoine, expositions, etc.
  • Elle peut être préventive :
    • primaire : travailler en amont sur les moyens de préserver et de gérer sa santé avant que celle-ci soit l’objet de détérioration.
    • secondaire et tertiaire : renouer, améliorer des relations entre certains publics et leur santé alors qu’elles s‘étaient dégradées ou en voie de l’être.

La médiation sous entend une véritable politique de consultation et de participation des citoyens à tous les niveaux de décisions.

La médiation a donc au moins deux missions :

    • Alphabétiser en donnant aux personnes les concepts et les connaissances de bases nécessaires à l’exercice de leur pensée
    • Conscientiser en développant chez les personnes une conscience civique et critique du monde, ce qui commence par une approche critique des concepts et des connaissances qui sont proposés. La conscientisation passe par le développement de la pensée réflexive. [3]

Etre médiateur-pédagogue en santé
Parce qu’elle suppose un processus d’apprentissage, la médiation nécessite une maîtrise de la pédagogie de la transmission qui ne peut s’opérer qu’à travers une formation adaptée. La qualité de la pédagogie de la transmission est dépendante de plusieurs facteurs :

1. Le médiateur-pédagogue doit avoir une bonne connaissance de l’objet : maîtriser son contenu. Cette connaissance dépend aussi de la compréhension qu’a le médiateur de la démarche utilisée par le sujet afin de réaliser un apprentissage selon le processus de destructuration-restructuration des connaissances.

2. Il importe que le médiateur-pédagogue possède une bonne connaissance du sujet et cela tant sur le plan affectif qu’intellectuel : connaître son public. Cela suppose que l’on tienne compte de l’âge, des besoins fondamentaux, des capacités physiques et intellectuelles, de l’identité culturelle, mais aussi que l’on possède une connaissance des différents stades de développement des individus (physiologie, vie relationnelle, vie affective, jeux et activités correspondants). Le médiateur doit être capable de repérer le niveau opératoire de l’apprenant.

3. Il importe que le médiateur-pédagogue ait une bonne connaissance de l’environnement : on n’intervient pas de la même façon avec un public fragilisé et un public scolaire classique. L’environnement est social, économique, politique, religieux, etc. C’est aussi la cadre dans lequel s’inscrit l’action : l’institution, l’organisation porteuse du projet de médiation avec ses finalités, buts et objectifs explicites et implicites qui conditionnent l’action pédagogique. Le médiateur doit être capable de situer sa pratique pédagogique au sein de cet environnement pour pouvoir projeter son action au-delà du présent, dans un a-venir. Le médiateur est donc un médiateur engagé puisque la médiation est en soi un projet sociétal.

4. Il importe que le médiateur-pédagogue ait une bonne connaissance des mécanismes de l’apprentissage. En effet, si la connaissance de l’objet de médiation et de l’environnement ne semble pas poser de difficultés pratiques (il suffit d’y travailler), en revanche, la connaissance du public est une chose plus difficile notamment si l’on aborde la question des motivations et des représentations mentales des individus (présupposés du type : « les dinosaures sont des animaux de la préhistoire »). L’apprentissage n’est pas un processus de transmission du savoir, mais plutôt un processus de destructuration-restructuration des connaissances. La nouvelle information est confrontée à l’ancienne (les acquis, les préjugés, c’est-à-dire l’ensemble des représentations mentales). Elle peut être assimilée, ce qui sous-entend que le sujet a su confronter les données récemment acquises aux anciennes pour en fabriquer de nouvelles. Elle peut être refoulée en bloc en produisant par ailleurs un renforcement de l’acquis car l’information récente, qui s’oppose aux représentations du sujet, supposerait une remise en cause trop importante. Ou elle peut être simplement stockée, sans être assimilée, en vue d’un traitement ultérieur (on attend pour vérifier). Un individu possède toujours une vision personnelle (une « représentation ») des notions qu’il vient découvrir. Même quand il s’agit de notions scientifiques, il sait déjà quelque chose : ce sont des représentations « pré-scientifiques ». [4] Si l’un des objectifs du médiateur du patrimoine est l’acquisition par l’apprenant de savoirs (connaissances), de savoirs-faire (aptitudes) et de savoirs-être (attitudes), il doit pour cela mettre en place un processus d’apprentissage destiné à faire intégrer au sujet de nouveaux concepts. Ce processus consiste alors à former et à enrichir des concepts et à mettre à l’épreuve les représentations des apprenants. On comprend donc la nécessité de travailler sur les représentations, sur ces filtres déformants des visiteurs.

5. Le médiateur-pédagogue doit travailler sur les motivations des apprenants, donner du sens à l’action pédagogique, expliciter les objectifs de façon à ce qu’ils soient partagés par tous (médiateur pédagogue et apprenant). On apprend que si l’on est intéressé. On est intéressé parce que l’on sait que l’on pourra réinvestir ce que l’on apprend dans quelque chose. On est donc intéressé parce que l’on est capable de se projeter dans l’avenir, de se représenter les applications futures de l’objet d’apprentissage. Il y a donc un intérêt à apprendre. Est-ce le cas de savoirs scolaires qui, la plupart du temps, sont déconnectés de toute contextualisation et de toute application au réel.

6. Le médiateur-pédagogue doit avoir foi en l’apprenant : l’apprenant ne peut pas apprendre si une relation de confiance n’est pas instaurée. Il doit sentir que le médiateur souhaite sa réussite, qu’il ne le jugera pas et qu’il fera tout pour l’aider. Le médiateur doit être persuadé que l’apprenant possède de véritables potentialités même si celles-ci ont beaucoup de mal à s’exprimer, il doit croire en l’humain.

7. Le médiateur-pédagogue doit faire la part entre ses représentations et ce qu’il transmet. Il s’agit là de déontologie : jusqu’à quel point les valeurs qu’il défend doivent-elles transparaître dans l’acte de médiation ? Pour cela, tout médiateur doit au minimum s’interroger sur ses positions philosophiques, politiques, éducatives, religieuses. Il doit être capable de les identifier et de toujours les avoir en tête dans l’acte de médiation qu’il entreprend.

8. Le médiateur-pédagogue doit prendre conscience de ses motivations (inconscientes) : souhaite t-il faire de la médiation pour avoir un ascendant sur l’apprenant ? Parce qu’il se considère comme un sauveur ou un prophète de la connaissance ? Parce qu’il est persuadé qu’il sait ce qui est bon pour l’autre, parce qu’il se croit compétent dans tout ? Parce qu’il a besoin de reconnaissance ?

9. Le médiateur-pédagogue est capable de situer sa pratique pédagogique au sein d’un ou de plusieurs courant théoriques, a conscience de ce que cela implique et est capable de faire un va et vient entre action et réflexion au sein d’une praxis.

10. Le médiateur-pédagogue considère l’apprenant dans sa globalité : l’apprenant est une personne en développement, qu’il soit un enfant ou un adulte. Considérer l’apprenant dans sa globalité c’est mettre en place un processus pédagogique qui tienne compte de l’ensemble des besoins de la personne. Des besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, de reconnaissance et d’accomplissement pour reprendre la terminologie de Maslow. Mais aussi des besoins complémentaires comme : mouvement/repos, sécurité/se mesurer au risque, socialisation/être seul, dépendre de l’autre/être autonome, imiter, reproduire des situations/s’exprimer, créer, fiction et imagination/connaître le réel.

11. Le médiateur-pédagogue met en place une pédagogie de projet et de contrat ainsi qu’une pédagogie de la réussite. Dans la pédagogie de projet, l’action est centrée sur le participant qui est acteur de son apprentissage. Ce dernier se forme en menant jusqu’au bout un projet concret basé sur ses attentes. Dans la pédagogie de contrat, il s’agit d’un engagement réciproque sur la base d’objectifs entre le médiateur et l’apprenant dans le cadre d’une démarche de négociation. Dans la pédagogie de la réussite, tous les moyens sont mis à disposition de l’apprenant tout au long de l’apprentissage dans une démarche d’accompagnement vers la réussite.

[1] « Le temps des médiateurs, Jean-Françis Six, Paris, le Seuil, 1990, p.165.

[2] Dans l’éducation formelle, qui correspond à la situation scolaire, la situation pédagogique est : contrainte (absence de motivation et de plaisir), structurée et séquentielle, évaluée et diplômée, dirigée par l’enseignant, centrée sur l’enseignant, fondée sur la salle de classe. Les aspects sociaux ne sont pas centraux, il s’agit toujours de la même école, du même local, du même enseignant, d’avoir une position assise, d’avoir un contact indirect avec l’objet représenté dans les livres par des photos…Dans l’éducation informelle qui correspond au temps des loisirs (séjours de vacances, visite de musées ) la situation pédagogique est : volontaire (c’est l’enfant qui choisit de s’inscrire à un séjour archéologie ; il est motivé et prend du plaisir), pas obligatoirement structurée, non évaluée, dirigée par l’apprenant, centrée sur l’apprenant. Les aspect sociaux (interactions entre enfants et entre enfants et adultes) sont centraux, il s’agit de lieux variés, de nouvelles personnes (des animateurs différents chaque année), de pouvoir se déplacer librement, d’avoir un contact direct avec l’objet (activités manuelles), de créer une ambiance favorable et stimulante. On aura compris que dans le cadre de l’éducation formelle il ne peut pas y avoir de médiation contrairement à l’éducation informelle qui met l’apprenant au centre du dispositif pédagogique. Ce qui importe ce n’est pas l’objet de l’apprentissage mais celui qui apprend et tout le travail du médiateur consistera à créer les conditions les plus favorables sur le plan cognitif et conatif (Le cognitif n’est pas tout. Il s’agit aussi de prendre en compte les aspects affectifs et motivationnels de l’apprenant).

[3] « L’autonomie de la pensée se caractérise par la capacité à prendre position sur une question, et ce, de façon libre et indépendante. Lorsqu’un citoyen désire prendre part aux décisions de sa communauté, il doit avoir recours à certaines habiletés de pensée. C’est en faisant appel à son jugement réflexif qu’il tentera de faire le tour d’une question lui permettant ainsi d’arrêter son choix. Il est donc fondamental de réfléchir à la façon de développer chez l’apprenant la capacité à utiliser les habiletés reliées au jugement réflexif de façon à le libérer des influences extérieur et lui assurer la capacité de faire des choix ». « La notion de compétences en éducation et en formation », Rodolphe M. J. Toussaint, l’Harmattan, 2004.

[4] Avec Internet, ce stock de représentations « pré-scientifiques » a sans doute énormément augmenté chez le jeune public.

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